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Date
17 mars 2022
Auteur
Le Anh Nguyen
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Dans cette édition des Masterclasses de l’Excellence Managériale, nous avons eu l’immense plaisir d’accueillir Pierre d’Elbée, docteur en philosophie et consultant en entreprise. Avec lui, nous avons pris un peu de recul face aux bouleversements récents et fait appel à la sagesse d’Aristote pour repenser le management. Voici les enseignements clés de cette intervention unique.
Le management : une juste mesure
Pierre d’Elbée a commencé par explorer l’étymologie du mot management : du latin manus (la main), qui au XVIIe siècle signifiait « tenir par la main un cheval et l’amener au manège ». Cette image est révélatrice : il faut tenir suffisamment pour guider, mais pas trop pour ne pas paralyser. C’est une question de juste mesure, concept central chez Aristote.
L’excellence chez Aristote, ce qu’il appelle aretê, est toujours une question de mesure, une médiété. L’homme courageux n’est ni téméraire ni peureux, il est entre les deux. De même, le bon manager doit trouver cette juste mesure : ni dans l’excès (burn-out), ni dans la négligence, mais dans un engagement mesuré pour aller loin sur le long terme.
La prudence : l’intelligence de la situation
Face à la question de l’éthique et de l’efficacité, Aristote apporte une réponse avec son concept de prudence (phronêsis). L’homme prudent n’est pas celui qui est craintif, mais celui qui a l’intelligence de la situation : il comprend à la fois le détail et la globalité pour prendre la bonne décision.
Pour Aristote, la prudence est une vertu intellectuelle, mais pas seulement. Un homme habile qui ne serait pas éthique n’est pas complètement efficace. L’éthique est le couronnement de l’habileté. Dans la vente, le couronnement de l’acte de vente, c’est de développer avec l’acheteur une relation humaine de confiance réciproque sur le long terme.
L’éthique et l’efficacité : l’exemple des émeutes de 1848
Pierre a illustré ce lien entre éthique et efficacité avec l’histoire d’un capitaine à Paris en 1848, qui reçoit l’ordre de tirer sur la foule. Au lieu d’obéir aveuglément ou de désobéir, il trouve une solution élégante : il explique à la foule qu’il a reçu l’ordre de tirer sur la canaille, mais qu’il voit devant lui d’honnêtes gens, et leur demande de sortir. La place se vide sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré.
C’est ce que les Grecs appellent le kalos kagathos : un acte à la fois bon et beau. C’est cette grandeur qui motive, car les projets sont d’autant plus engageants qu’ils ne sont pas seulement bons, mais qu’ils ont « de la gueule » et qu’ils nous parlent au fond de nous-mêmes.
L’amitié : trois niveaux de relation
Aristote distingue trois sortes d’amitié : l’amitié utile, l’amitié agréable et l’amitié honnête.
L’amitié utile correspond à la complémentarité au travail : tu fais bien ton métier, je fais bien le mien, et ensemble nous produisons un résultat. C’est le premier niveau de relation, le degré 1 de l’amitié.
Le deuxième niveau est celui du plaisir : après avoir réussi un projet ensemble, on célèbre, on rit, on partage un moment agréable. Cette convivialité est essentielle au bon fonctionnement d’une équipe.
Le troisième niveau est celui de l’amitié honnête : à travers les crises traversées ensemble, on échange sur nos valeurs et sur ce qui compte réellement. Cette relation désintéressée est possible même dans une relation commerciale, dès lors qu’il existe une relation de vérité, un bon produit et un engagement sincère.
Le salaire variable : deux anthropologies différentes
Pierre a abordé la question du salaire variable à partir de deux visions anthropologiques opposées. Dans la première, l’homme est un loup pour l’homme : l’individu prime, le meilleur gagne, et le salaire variable encourage la performance individuelle. Dans la seconde, l’autre est un semblable : on met en avant le collectif, la solidarité et l’entraide.
Le problème réside dans la schizophrénie de nombreuses entreprises : au niveau du discours marketing, on valorise l’humain et la solidarité, mais lors de l’entretien annuel, on évalue uniquement la contribution individuelle. Il faut choisir : soit on mise réellement sur la solidarité et on l’assume jusqu’au bout, soit on assume un modèle individualiste.
Le sens : sensation, signification et direction
Pour conclure, Pierre d’Elbée a développé les trois dimensions du sens.
La première est le sens comme sensation : je le sens ou je ne le sens pas. Les commerciaux fonctionnent souvent à l’intuition, avec leurs tripes et leur cœur. Si je crois sincèrement à mon produit, mon interlocuteur y croira aussi.
La deuxième est le sens comme signification : est-ce que cela veut dire quelque chose ? Il doit y avoir de la cohérence, une compréhension claire, quelque chose qui fait sens intellectuellement.
La troisième est le sens comme direction. Aristote parle de la cause finale, du « ce pour quoi » nous faisons les choses ensemble. C’est le bien commun, ce qui donne une unité à l’ensemble. Lorsque l’on peut dire « oui, cela me parle, j’y crois à 100 % », alors une énergie collective puissante se crée.
En résumé
Voici les enseignements majeurs à retenir de cette Masterclasse avec Pierre d’Elbée :
Trouver la juste mesure : le management est une question d’équilibre, entre excès et négligence
La prudence comme intelligence de la situation : comprendre le détail et la globalité pour décider avec justesse
L’éthique couronne l’habileté : la confiance sur le long terme est le véritable aboutissement de la vente
Développer l’amitié à trois niveaux : utile, agréable et honnête, pour créer une coopération durable
Donner du sens : sensation, signification et direction pour générer une énergie commune
Comme le dit la citation de Paul Valéry inscrite au frontispice du Palais de Chaillot : « Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor, que je parle ou me taise. Ami, n’entre pas sans désir. » Nous avons ce pouvoir extraordinaire de transformer la réalité dans laquelle nous sommes.
Ne manquez pas la prochaine Masterclasse !
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Date
17 mars 2022
Auteur
Le Anh Nguyen