Dans cette édition des Masterclasses de l’Excellence Managériale, nous avons eu l’immense honneur d’accueillir Jacques Attali et Julie Martinez pour parler de leur ouvrage Faire réussir la France, fruit de plus de 400 entretiens avec des experts pour arriver à trente réformes majeures et 200 à 250 actions urgentes. 

Jacques Attali, diplômé de École Polytechnique, ancien conseiller spécial de François Mitterrand, initiateur de quatre institutions internationales, et Julie Martinez, avocate chez Baker McKenzie et rapporteuse générale du livre, nous ont partagé leur vision pour l’avenir de la France. Prêts à découvrir comment chacun peut contribuer à faire réussir la France ?

Le manque de confiance : un défi majeur

Jacques Attali a commencé par mettre en lumière une statistique troublante : 86% des Français ont peur de tomber dans la pauvreté, contre 50-55% en Italie, 65% en Allemagne, 43% en Suède. « Le niveau de vie moyen des Français est tellement élevé qu’on peut craindre plus un recul qu’une avancée », explique-t-il.

Cette peur se nourrit de signaux structurels qui montrent que la France va mal. « Notre déficit extérieur est un signe particulièrement grave d’un danger extrême pour la société française », alerte Jacques. La France est le seul pays européen important qui a un déficit extérieur, même l’Italie qui était longtemps considérée comme le mauvais élève a un excédent commercial.

L’économie de la vie versus l’économie de la mort

Jacques Attali a développé un concept clé : l’économie de la vie versus l’économie de la mort. L’économie de la mort regroupe les secteurs liés de près ou de loin aux fossiles, au sucre artificiel, et à tout ce qui est facteur de mort, d’obésité, de danger. L’économie de la vie, c’est tout ce qui est lié à la santé, à l’éducation, au digital, aux énergies non productrices de gaz à effet de serre, à la culture, à la recherche, à l’innovation, à la finance, et évidemment l’action commerciale.

« Il faut mobiliser la société française vers un transfert de ses activités qui représentent 60% du PIB dans l’économie de la mort vers l’économie de la vie », explique Jacques. Cette mutation industrielle est absolument majeure et nécessite beaucoup de réformes : un vrai ministère de l’industrie, une banque de l’économie de la vie, des produits d’investissement en économie de la vie.

Le digital : une opportunité pour la France

Julie Martinez a souligné que « la supériorité opérationnelle de la France en matière technologique ne pourra être obtenue qu’à condition de s’approprier les game changers technologiques de la révolution numérique ». Elle cite notamment l’intelligence artificielle, la robotique, la vision artificielle.

« Il faut être honnête, ça a déjà commencé à être pris en compte je pense au précédent quinquennat, il faut être renforcé massivement pour les prochaines années », précise-t-elle. Elle propose notamment de renforcer les partenariats public-privé, de mettre à disposition des entreprises des chercheurs du public, et de créer des laboratoires technologiques dirigés par des grandes universités françaises.

La fiscalité écologique : un outil de transformation

Jacques Attali a abordé la question de la fiscalité écologique, qu’il faut « gérer avec beaucoup de prudence » comme on l’a vu avec les gilets jaunes. Il propose de créer les conditions d’avoir « une vraie fiscalité européenne sur le gaz carbonique » et un droit européen de protection aux frontières pour avoir un prix du carbone de plus en plus élevé, car il est aujourd’hui beaucoup trop bas.

Le rôle de l’entreprise dans la transformation

Julie Martinez insiste sur le fait que « la transition écologique ne pourra jamais s’effectuer sans les entreprises mais contre les entreprises, elle devra vraiment s’effectuer avec les entreprises ». Elle propose notamment une « assurance compétences » qui permettrait à la fois aux salariés mais aussi aux chefs d’entreprises de réorganiser, d’accompagner financièrement lorsque la transition est vraiment conséquente, cette reconversion vers des secteurs porteurs de croissance.

« C’est vraiment une question de gouvernance », souligne-t-elle. « Si ces enjeux-là ne sont pas pris au plus haut niveau de la société, ça ne marche pas, ça n’avance pas ». Il s’agit de réformes environnementales, mais aussi d’intégration, d’inclusion, de lutte contre les discriminations, d’égalité salariale.

L’économie positive : mesurer pour progresser

Jacques Attali a présenté le concept d’économie positive, développé par la Fondation Positive Planète. Il s’agit d’une société qui travaille dans l’intérêt des générations futures. L’Institut de l’Économie Positive mesure la positivité des entreprises sur quatre dimensions : économique, sociale, environnementale et éthique.

« Il serait nécessaire que cette taxonomie de la positivité, cette mesure comptable de la positivité, devraient servir de critères de guide à la fois aux consommateurs et aux financiers », explique Jacques. Il ne s’agit pas d’être positif, mais de faire les efforts nécessaires pour le devenir.

Le plan 2030 : une vision à long terme

Jacques Attali a insisté sur l’importance pour chaque entreprise de se doter d’un plan 2030. « Chacun d’entre vous, chaque entreprise qui est représentée parmi ceux qui nous écoutent, ont-elles un plan 2030 ? », interroge-t-il. « Pour ceux qui ont des enfants, 2030 pour les enfants c’est demain matin ».

Julie Martinez ajoute : « La plus importante pour les entreprises, je pense que c’est avoir un cap, un vrai projet sur le long terme, offrir à ce projet-là sur les dix, vingt, trente ans aux entreprises pour qu’elles sachent justement dans quel secteur se réorienter le cas échéant ».

L’engagement personnel : chacun acteur du changement

Jacques Attali conclut avec un message fort : « Nous sommes tous des joueurs du match, ne sont pas spectateurs du match. L’avenir de la France ne se réduit pas au choix d’un roi ou une reine provisoire ». Chacun doit se doter d’un plan 2030 pour lui, pour sa famille, pour sa commune, pour l’entreprise dans laquelle il travaille.

« Si on ne fait rien de véritablement majeur, la France ira très mal », alerte Jacques. « En 2027, si on ne fait rien, la France sera dans une situation tragique ». Mais la balle n’est pas seulement dans les mains d’un futur président ou d’une future présidence, elle est dans la main de chacun de ceux qui écoutent aujourd’hui.

En résumé…

Voici les enseignements majeurs à retenir de cette Masterclasse :

  • Comprendre l’urgence de la situation : Le déficit extérieur français est un signe particulièrement grave qui nécessite une action immédiate et structurée.
  • Orienter vers l’économie de la vie : Il faut transférer 60% du PIB de l’économie de la mort vers l’économie de la vie, avec un vrai plan industriel sur le long terme.
  • Investir massivement dans le digital : Renforcer les partenariats public-privé et créer les conditions d’une supériorité technologique française.
  • Mesurer la positivité des entreprises : Utiliser les quatre dimensions (économique, sociale, environnementale, éthique) pour guider les décisions des consommateurs et des financiers.
  • Se doter d’un plan 2030 : Chaque entreprise, chaque individu doit avoir une vision à long terme pour contribuer à faire réussir la France.
  • Agir au niveau de l’entreprise : La transition écologique doit se faire avec les entreprises, pas contre elles, et nécessite une vraie gouvernance au plus haut niveau.

Ne manquez pas la prochaine Masterclasse !