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Date

21 mars 2024

Auteur

Lila Haesebrouck

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Kakistocratie Isabelle Barth

Dans cette nouvelle édition des Masterclasses de l’Excellence Managériale, nous avons accueilli Isabelle Barth, professeure agrégée des universités et chercheuse en sciences du management. Elle nous a parlé de son livre passionnant, « K comme Kakistocratie », qui explore un phénomène courant mais rarement abordé dans le monde du travail : le pouvoir des incompétents. Isabelle Barth analyse pourquoi l’incompétence perdure dans les organisations et comment nous pouvons y remédier. Prêt à explorer les dessous du management et à comprendre comment faire face à la « kakistocratie » ?

La « kakistocratie » : le pouvoir des pires

Le terme kakistocratie vient du grec « kakistos » signifiant « le pire ». Il désigne le pouvoir des moins compétents, une réalité que l’on retrouve dans de nombreuses organisations. Isabelle Barth l’explique comme étant un système où l’incompétence gouverne, non seulement dans les entreprises, mais aussi parfois dans les sphères politiques. Selon elle, ce phénomène est assez répandu et s’inscrit dans la continuité de questionnements anciens sur la compétence et le pouvoir.

Elle cite notamment Émile Faguet, auteur du « Culte de l’incompétence » (1910), qui affirme que la compétence est inégalitaire et ne peut donc être démocratique. La kakistocratie, selon Isabelle, reflète une gouvernance où la compétence managériale n’est pas valorisée, et où les mauvais choix de dirigeants sont tolérés, voire encouragés.

La distinction entre compétences d’expertise et compétences managériales

Dans son livre, Isabelle Barth fait une distinction essentielle entre les compétences d’expertise et les compétences managériales. La compétence d’expertise concerne les connaissances et le savoir-faire technique dans un domaine particulier. En revanche, la compétence managériale porte sur la capacité à diriger, à inspirer, et à orchestrer le travail des autres.

Dans de nombreuses organisations, les managers sont souvent promus pour leur expertise plutôt que pour leurs compétences managériales. Pourtant, selon Isabelle, c’est précisément ce déficit de compétences managériales qui mène à la kakistocratie. Les compétences d’expertise sont plus faciles à évaluer et à améliorer, tandis que les compétences managériales, souvent liées aux soft skills, sont plus difficiles à identifier et à développer.

Comment l’incompétence se perpétue

Plusieurs mécanismes permettent à l’incompétence de se maintenir et même de se renforcer au sein des organisations. Isabelle Barth identifie plusieurs leviers :

  1. Le recrutement basé sur la loyauté : Dans de nombreux cas, la loyauté est préférée à la compétence. Recruter des personnes de confiance, comme des amis ou des membres de la famille, est courant, même si elles n’ont pas les compétences requises pour le poste. Cela permet au dirigeant de maintenir son pouvoir sans craindre d’être éclipsé par un collaborateur plus compétent.
  2. La fabrique de l’incompétence : Certaines entreprises ne forment pas suffisamment leurs collaborateurs, les condamnant ainsi à une obsolescence professionnelle. Un personnel insuffisamment formé finit par renforcer l’incompétence globale de l’organisation.
  3. L’auto-promotion et la sélection des moins compétents : Les managers incompétents peuvent promouvoir des personnes encore moins compétentes qu’eux-mêmes pour ne pas se sentir menacés, renforçant ainsi la kakistocratie.
  4. La consultocratie : Plutôt que de miser sur les compétences internes, certaines entreprises préfèrent faire appel à des consultants pour prendre des décisions. Cela peut s’avérer contre-productif car cela renforce la dépendance de l’entreprise à des compétences externes et affaiblit ses propres ressources humaines.

Comment combattre la kakistocratie ?

Isabelle Barth propose plusieurs pistes pour lutter contre ce phénomène dans les organisations :

  1. La formation : Former les managers pour développer les compétences managériales, en mettant l’accent sur le développement de soft skills tels que l’écoute, l’empathie et l’aptitude à prendre des décisions éclairées. Les managers doivent apprendre à donner une vision, synchroniser les activités et faire grandir leurs équipes.
  2. La transparence : Mettre en place des processus de gouvernance plus transparents. Rendre les critères de promotion et de décision clairs et accessibles à tous permet de lutter contre les décisions arbitraires et de favoriser l’ascension des personnes les plus compétentes.
  3. Le « name and shame » : Dans certains cas, il est nécessaire de dénoncer publiquement l’incompétence. Cela peut être un levier pour encourager des changements au sein de l’organisation et pour pousser les dirigeants à se remettre en question.
  4. L’importance des femmes dans le management : Isabelle souligne que l’exigence de compétence est souvent plus forte chez les femmes qui accèdent à des postes de pouvoir. En raison de leur histoire et du fait qu’elles ont longtemps été tenues à l’écart des sphères de décision, les femmes sont souvent plus conscientes des exigences liées à la compétence, et cela peut contribuer à contrer la kakistocratie.
  5. Réévaluer les critères du « bon manager » : Les idées traditionnelles sur ce qu’est un bon manager doivent être remises en question. Il est nécessaire de repenser les critères de recrutement et de promotion pour mieux refléter les besoins actuels des collaborateurs, des clients et du marché.

En résumé…

La kakistocratie est un phénomène ancré dans de nombreuses organisations, mais il n’est pas insurmontable. Isabelle Barth nous invite à repenser le management et à valoriser les compétences managériales qui permettent de faire grandir les collaborateurs et de mener l’organisation vers le succès. En mettant l’accent sur la formation, la transparence et la remise en question des pratiques actuelles, les entreprises peuvent espérer renverser le pouvoir des incompétents.

Ne manquez pas la prochaine Masterclasse !

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Date

21 mars 2024

Auteur

Lila Haesebrouck

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