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Gestion de crise, Gestion des risques, Leadership, Management

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Date

11 décembre 2025

Auteur

Le Anh Nguyen

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Lors de notre Masterclasse de l’Excellence Managériale, nous avons eu l’honneur d’accueillir Christian Prouteau, fondateur du GIGN et du GSPR, ancien conseiller sécurité du président de la République et figure des institutions. Avec lui, nous avons exploré l’honneur de servir, les valeurs et le leadership au sein d’unités d’élite — et ce que toute organisation peut en retirer. Voici les points clés de cette masterclasse.

Créer une unité d’élite : la « start-up » du GIGN

Après la prise d’otages de Munich (1972), Christian Prouteau reçoit la mission de créer une unité antiterroriste dans le plus grand secret. « On m’a confié la mission le 24 août 1973. Je devais être opérationnel le 1er mars 1974 » — un délai très court.

Il faut choisir les hommes (sur 50 volontaires, il n’en retient que 17 au niveau requis), trouver des équipements alors très limités, inventer les programmes de formation (rien n’existait) et prouver la valeur de l’unité sur les premières missions. « C’était une start-up » : tout était à définir, sans modèle à suivre. Il n’a « pas eu le temps » d’avoir le syndrome de l’imposteur : il fallait se battre chaque jour, montrer la route et donner les moyens de la mission.

Le chef a toujours tort

Il corrige l’adage militaire : « Le chef a toujours raison » en « Le chef a toujours tort ». Si la mission échoue, c’est que le chef a mal expliqué la mission, ou a mal choisi l’exécutant, ou ne l’a pas formé.

L’exemple est central : « Une troupe manœuvre à l’image de son chef ». Montrer le chemin, ce n’est pas dire « le chemin est par là », c’est prendre le premier la route. Il a donc fait lui-même les exercices périlleux avant de les faire faire à ses hommes.

En 1980 à Poitiers, blessé au visage, il aurait dit à ses hommes « Ne le tuez pas » — pour éviter toute logique de vengeance. Au GIGN, deux hommes sont tombés ; ceux qui les ont touchés ont été arrêtés vivants. La règle éthique est restée le fondement du groupe.

Servir avant de commander

Le leadership repose sur l’honneur de servir : servir la mission, servir les équipes et les institutions avant de prétendre les diriger. « Sans mes hommes, j’étais rien » — une phrase qu’il répète et qui a résonné (35 000 réactions sur un post LinkedIn).

L’autorité se gagne par l’exemple et la cohérence entre les valeurs affichées et les actes. Il refuse la fausse fraternité du « tu » : « Le tu, c’est une fausse fraternité. À un moment, ce n’est pas ton copain : tu vas lui demander quelque chose qui ne lui fera pas plaisir. Si tu as maintenu cette ambiguïté, il ne comprendra pas et demain ce sera foutu ».

La distance respectueuse est nécessaire pour que, le jour où l’on doit demander le pire, la relation reste claire. Il a travaillé 13 ans auprès du président de la République sans confondre proximité et familiarité.

Valeurs et cohésion

En contexte de haute tension, les valeurs partagées — respect, loyauté, discipline, solidarité — sont le socle qui permet aux équipes de tenir le cap. Au moment de remettre l’arme aux stagiaires, la formule conservée est : « On vous remet le pouvoir — vous me croyez ou non — des choses qui nous transcendent : le pouvoir de vie et de mort. Faites-en bon usage ». Donner du sens à la place de chacun, impliquer les gens dans la responsabilité qu’ils portent : « Si vous n’impliquez pas les gens dans ce que leur rôle engage pour la communauté, vous êtes passé à côté ».

La cohésion ne se décrète pas ; elle se construit par la confiance, la clarté des rôles et la reconnaissance. Au GIGN, on n’est pas le bras armé de la justice : il y a deux temps — faire cesser la crise, puis déférer les gens devant les juges. « En aucun cas se présenter comme l’exécuteur des hautes œuvres ».

Défendre l’unité : la visite au ministre

En 1981, après une opération controversée (mirador en prison), une partie de la presse et de l’entourage présidentiel pousse à dissoudre le GIGN. Le directeur de la gendarmerie lui dit : « C’est fini, pliez les gaules, rangez tout, et je ne veux pas entendre un seul bruit ». Christian Prouteau refuse. Il finit par rencontrer le ministre de la Défense (Hernu) et lui dit : « Il faut absolument que vous veniez voir mes hommes, qui vous montreront ce qu’ils sont capables de faire — et surtout de ne pas faire ».

La phrase « capables de ne pas faire » frappe le ministre. La Case (chef d’état-major des armées) répond : « C’est une parole d’officier, monsieur le ministre ». Visite avec la commission parlementaire de défense, puis décision : le GIGN reste. « Je l’ai créé une première fois, et je l’ai créé une deuxième fois. Je l’ai ressuscité ».

Du GIGN au GSPR : les quatre cercles

Pour le GSPR (sécurité rapprochée du président), il définit quatre cercles :

  • Le premier cercle (proximité immédiate) est le dernier recours — « si vous en arrivez à l’utiliser, vous avez raté tout avant ».
  • Le deuxième assure ouverture et couverture
  • Le troisième, les tireurs d’élite (il cite l’attentat contre Trump : avec un bon 3e cercle, le tireur aurait été neutralisé)
  • Le quatrième, virtuel, est le renseignement pour anticiper. Sélection et entraînement au niveau du GIGN, discrétion maximale.

Il évoque aussi la protection de « la petite demoiselle » (Mazarine) — apprise « par le reste » via Rousselet et de Grossouvre — avec une équipe réduite, des vélos pour suivre la maman sans attirer l’attention, et la règle : « Ils ne verront rien, ils n’entendront rien, mais ils seront là ». Les mondes parallèles ne doivent pas se rencontrer.

Préparation, debrief, amélioration continue

Les principes qui font la force des unités d’élite — préparation, entraînement, debriefing systématique — sont transposables en entreprise. Prendre le temps de préparer les missions, former les équipes et faire un retour d’expérience après chaque action majeure renforce la performance et la résilience collective. Pour Albertville 1992 (Jeux olympiques), il met en place un commandement administratif éclaté (sous-préfets par zone), une base de raisonnement unique (dégâts → actions → moyens) et le système RAMSES (Réseau automatique des moyens) avec l’informatique de l’époque — une approche générique du risque qui reste pertinente.

Solitude du chef et délégation

« La solitude du chef » : au moment de la décision, surtout quand les impondérables dépassent le plan B (et qu’on entre en « plan C »), le responsable porte seul le poids. À Loyada (enfants otages), il a pris la décision d’intervenir contre les ordres, après avoir demandé à ses hommes « si ils le sentaient ». « La décision, c’est vous » — et on la porte toute sa vie.

Sur la délégation : il faut déléguer à des gens qui « pensent comme vous » ou adhèrent aux mêmes choses, sans créer des « chefaillons » qui oublient d’où ils viennent. Pour le GSPR, il appelle Alain Locarot : « Tu viens ? — Oui, tout de suite ». La parole donnée des années plus tôt (« un jour j’aurai besoin d’un officier ») s’est réalisée.

En résumé…

  • L’honneur de servir : servir la mission et les équipes avant de commander ; l’autorité par l’exemple ; « sans mes hommes, j’étais rien ».
  • Triptyque : volontaires + formation de haut niveau + équipement ; « les mêmes causes produisent les mêmes effets ».
  • Le chef a toujours tort : si ça échoue, mauvaise explication, mauvais exécutant ou mauvaise formation ; montrer la route en la prenant la première.
  • Valeurs et éthique : pas d’exécution des hautes œuvres ; vie et mort — « faites-en bon usage » ; distance respectueuse, pas de fausse fraternité.
  • Résilience : défendre l’unité (GIGN 1981), quatre cercles (GSPR), RAMSES (Albertville) ; préparation, debrief, raisonnement générique.
  • Solitude et délégation : assumer la décision ; déléguer à ceux qui adhèrent aux mêmes valeurs.

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Gestion de crise, Gestion des risques, Leadership, Management

Date

11 décembre 2025

Auteur

Le Anh Nguyen

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